
Baptiste Noel
Growth et co-fondateur de Metrikia
- Master en neurosciences et neuropsychologies cliniques
- Master en entraînement et optimisation de la performance
- Créateur SaaS et de contenu, 20 000+ abonnés LinkedIn
Co-fondateur de Metrikia, Baptiste construit un SaaS de zéro et partage les coulisses de la croissance sans filtre. Ancien chercheur en neurosciences cliniques et préparateur physique, il a développé puis quitté une activité de coaching à plus de 70 000 € par mois avant de se consacrer au produit. Il écrit sur la stratégie de croissance, l'acquisition et le scaling.
LinkedInVotre client ne croit plus votre ROAS. Et il a raison.
Vos plateformes gonflent votre ROAS et votre client le sent. Le protocole en 4 étapes pour lui prouver le vrai chiffre, sans perdre le compte.
Pendant des années, tout le monde dans la publicité a cru à une chose simple. Quelqu'un clique sur votre pub, puis il achète : la pub a fait la vente. C'est intuitif. Et c'est la fondation de chaque chiffre de ROAS que vous avez présenté à un client.
En 2015, les économistes d'eBay ont voulu en avoir le cœur net. Ils ont éteint leurs propres publicités Google dans un tiers des États-Unis, tirés au hasard, et les ont laissées tourner partout ailleurs. Puis ils ont comparé les deux moitiés du pays sur une seule question : les régions sans pub avaient-elles vendu moins ?
Le résultat : presque aucune différence. Les acheteurs censés venir des annonces arrivaient quand même, par la recherche naturelle. Sur les mots-clés de marque, 99,5 % seraient venus sans qu'eBay paie un centime. Pour chaque dollar englouti dans ces pubs, l'entreprise en récupérait à peine trente-sept cents.
eBay payait pour apparaître devant des gens qui marchaient déjà vers la caisse, puis signait leur visite comme une victoire.
Personne ne formule ça à voix haute dans un call client. Votre dashboard additionne les ventes que la pub a croisées en chemin et se les attribue toutes. Votre client, lui, finira par poser la question. Et ce jour-là, eBay aura fait à ses propres pubs ce que votre client rêve de vous faire : un procès, avec une vraie preuve, pas un screenshot.
Pour prouver votre ROAS à un client, partez de son revenu réel (Stripe ou Shopify), jamais des chiffres des plateformes. Confrontez ce que Meta, Google et TikTok revendiquent à ce revenu pour mesurer leur sur-comptage, puis isolez par un test de coupure ce que vos pubs ont réellement causé. Il en sort un seul chiffre défendable, et un client qui ne vous juge plus sur une illusion.
Au menu
- Pourquoi le chiffre qui vous arrange est exactement celui qui fait fuir vos clients.
- La preuve, signée eBay et Facebook, que leurs propres chiffres sont du vent.
- Les 4 étapes pour sortir un chiffre qu'aucun directeur financier ne peut casser.
- La formule de sur-comptage que vos concurrents n'osent pas montrer à leurs clients.
- Comment annoncer un chiffre plus bas et ressortir du call en position de force.
Votre témoin-clé travaille pour l'adversaire
Imaginez un procès. Chaque mois, votre agence entre dans la salle, et en face, le client attend. À sa droite, son directeur financier tient un relevé bancaire. Il connaît un seul chiffre, le sien : ce qui est entré sur le compte. À votre gauche, votre seule pièce à conviction, c'est le Gestionnaire de publicités qui affiche un ROAS de 5.
Le problème n'est pas que votre chiffre soit faux. Le problème est qui le prononce. Meta témoigne en faveur de Meta. Le jury le sait, donc votre témoin le plus important n'a aucune crédibilité. Plus il jure que vos pubs ont tout déclenché, moins on le croit.
Une plateforme qui note ses propres devoirs vous donnera toujours une bonne note. C'est exactement pour ça que cette note ne vaut rien devant un client.
Ce doute n'est pas une intuition d'agence anxieuse. Il est mesuré. En 2019, une équipe de chercheurs menée par Brett Gordon, avec Facebook lui-même, a comparé les méthodes d'attribution habituelles à de vraies expériences contrôlées, sur quinze campagnes et des centaines de millions d'utilisateurs. Leur conclusion tient en une phrase : dans la moitié des cas, les méthodes classiques surestimaient l'effet réel des pubs d'un facteur trois. Le chiffre que vous montrez n'est pas légèrement optimiste. Il peut être trois fois trop haut.
Et quand la mesure disparaît, le mirage se voit d'un coup. Début 2022, Apple a simplement demandé aux utilisateurs d'iPhone s'ils acceptaient d'être suivis. Beaucoup ont refusé. Meta a chiffré la conséquence elle-même, devant ses actionnaires : environ dix milliards de dollars de ventes en moins sur l'année. Dix milliards de revenus attribués qui se sont évaporés parce qu'on ne pouvait plus suivre le clic. La vente, elle, n'avait pas bougé. C'est le suivi qui la fabriquait.

Les quatre combines qui gonflent votre ROAS
Le sur-comptage n'a rien de mystérieux. Il vient de quatre habitudes que les plateformes ont toutes adoptées, parce qu'elles les arrangent.
D'abord, la fenêtre d'attribution. Meta s'attribue une vente si le clic date de moins de sept jours, parfois une simple vue dans la journée. Google, lui, remonte jusqu'à trente. Votre client voit votre pub lundi, tape le nom de la marque sur Google vendredi, achète. Les deux plateformes revendiquent la même vente. Une vente, deux propriétaires.
Ensuite, le dernier clic emporte tout. La vente revient au dernier canal touché, presque toujours la recherche de marque ou le retargeting. On récompense le vendeur qui tient la porte d'entrée, et on oublie celui qui a fait traverser la ville au client. Votre travail de haut de tunnel disparaît des radars.
Il y a aussi la conversion sans clic. La plateforme crédite une vente à quelqu'un qui a seulement vu la pub, sans jamais cliquer. Pratique pour gonfler un rapport. Impossible à défendre devant un client qui réfléchit deux secondes.
Et la plus grosse de toutes, la recherche de marque. Quelqu'un tape le nom de votre client sur Google, votre annonce s'affiche en haut, il clique, il achète. La plateforme facture, et signe la vente. Sauf que cette personne venait déjà acheter. C'est le piège exact dans lequel eBay est tombé, à l'échelle d'un milliard de dollars.
Additionnez ces quatre biais et vous obtenez un chiffre systématiquement au-dessus de la réalité. Pas par malveillance, par design. Le rôle d'une plateforme est de vous vendre plus de pub, et un ROAS élevé est son meilleur argument commercial.
Le protocole qu'aucun directeur financier ne peut casser
Voici la partie que vous êtes venu chercher. Un protocole en quatre étapes pour construire, chaque mois, un chiffre que votre client ne peut pas contester, parce qu'il repose sur son propre argent et sur une expérience, pas sur le témoignage d'une plateforme. Comptez une demi-journée la première fois, moins ensuite.
1. Posez la vérité-terrain
Ne commencez jamais par Meta. Commencez par le seul chiffre que le client croit d'instinct : ce qui est réellement entré en caisse. Exportez le revenu net encaissé sur la période depuis Stripe ou Shopify, remboursements déduits. C'est votre dénominateur, votre sol, votre point de référence pour tout le reste.
Résultat : un chiffre que le client ne peut pas discuter, puisque c'est le sien.
2. Mesurez le sur-comptage
Additionnez ce que chaque plateforme revendique comme revenu sur la même période. Puis divisez cette somme par la vérité-terrain de l'étape 1. Vous obtenez un rapport de sur-comptage. C'est la formule que personne, côté agence, ne met sur la table.
Overlap Ratio = (revenu Meta + revenu Google + revenu TikTok) / revenu réel. Un rapport de 1,15 est sain. À partir de 1,5, vos plateformes se volent le crédit entre elles. Le ROAS ajusté d'un canal se calcule alors comme le ROAS plateforme divisé par ce rapport.
| Source | Revenu revendiqué |
|---|---|
| Meta | 40 000 € |
| 35 000 € | |
| TikTok | 20 000 € |
| Total revendiqué | 95 000 € |
| Revenu réel (banque) | 62 000 € |
| Rapport de sur-comptage | 95 000 / 62 000 = 1,53 |
Un ROAS Meta affiché à 4,0 devient, une fois dégonflé, 4,0 / 1,53 ≈ 2,6. C'est plus bas. C'est surtout défendable, parce que le client peut refaire le calcul avec son propre relevé.
Résultat : le client voit de ses yeux que le gonflage n'est pas votre faute, c'est la mécanique des régies. Vous passez du banc des accusés à celui de l'expert.
3. Isolez ce que vous avez vraiment causé
Le sur-comptage corrige le double comptage. Il ne prouve pas encore la causalité. Pour ça, il faut faire ce qu'a fait eBay, en miniature : éteindre la lumière pour vérifier qu'elle éclairait. Coupez un canal, une audience ou une zone géographique pendant deux à trois semaines, et regardez si le revenu réel baisse. Ce qui disparaît quand vous coupez, c'est votre vrai apport. Le reste serait arrivé sans vous.
Le plus simple reste un test géographique : coupez la pub dans quelques régions comparables, laissez-la ailleurs, comparez les ventes réelles. Deux semaines suffisent pour un premier signal.
Résultat : la seule phrase qui sauve un budget en réunion. "Voici les ventes qui disparaissent quand on coupe. Elles n'existeraient pas sans nous."
4. Le rapport une page et le script du call
Ne noyez pas le client sous dix onglets. Une page, trois chiffres, une conclusion. Le revendiqué, le réel, l'incrémental. Puis le seul chiffre que vous défendez.
| Ce que vous montrez | Le chiffre | Ce que ça dit |
|---|---|---|
| Revendiqué par les plateformes | 95 000 € | "Voilà ce que les régies s'attribuent." |
| Réel encaissé (banque) | 62 000 € | "Voilà la vérité, la vôtre." |
| Incrémental (test de coupure) | 28 000 € | "Voilà ce qui n'existerait pas sans nous." |
Résultat : vous entrez au prochain call avec une preuve, pas des excuses. Le client arrête de vous comparer au mirage de Meta et commence à vous payer pour l'incrémental.

Annoncer un chiffre plus bas sans perdre le client
Vous voyez déjà le problème. Le chiffre honnête est plus petit que celui qui a servi à signer le client. Personne n'aime entrer en réunion pour diviser son propre ROAS par deux. C'est pourtant là que se joue la rétention.
Le retournement est simple. Un chiffre plus bas mais vérifiable bat un chiffre flatteur que le client soupçonne. La confiance vaut plus que la vanité. Le jour où votre client comprend que vous êtes la seule personne dans la pièce à lui donner la vérité, même quand elle est moins jolie, vous cessez d'être un fournisseur remplaçable. Vous devenez son garde-fou.
On ne garde pas un client avec le plus gros chiffre. On le garde avec le seul chiffre qu'il peut défendre sans trembler.
Posez le cadre dès le début, avant le premier rapport, sur une page : voici comment nous mesurons, voici pourquoi notre chiffre sera plus bas que celui des plateformes, voici pourquoi c'est une bonne nouvelle pour vous. Un client à qui on a expliqué la règle du jeu à l'avance ne panique pas quand le chiffre tombe. Il fait confiance.
Cette confiance a une valeur mesurable. Selon le rapport annuel 2023 de Nielsen sur le marketing, à peine plus de la moitié des marketeurs se disent confiants dans leur mesure du retour sur investissement. Autrement dit, votre client doute de ses propres chiffres autant que vous doutez des vôtres. L'agence qui lui apporte enfin une certitude ne se bat plus sur le prix.
Et pour ceux qui pensent que la fidélité client n'existe plus : les quarante plus vieilles relations agence-annonceur du monde durent en moyenne vingt-deux ans, d'après le cabinet R3. La loyauté est possible. Elle ne s'achète pas avec un ROAS gonflé. Elle se construit sur des chiffres qui tiennent debout.
Fait à la main, ce protocole coûte plusieurs heures par client, chaque mois. C'est exactement ce que Metrikia automatise : la plateforme réconcilie vos régies avec votre revenu bancaire, calcule le sur-comptage, mesure l'incrémental, et génère des rapports quotidiens et hebdomadaires en PDF, téléchargeables et prêts à envoyer au client. La preuve devient un livrable, pas une corvée. Découvrir Metrikia.
Si vous ne retenez que ça
Les plateformes gonflent votre ROAS par construction, et votre client le sent. Pour lui prouver votre valeur, partez de son revenu réel, mesurez le sur-comptage, et isolez l'incrémental par une coupure. Le chiffre qui en sort est plus bas, plus petit, et le seul qui vous garde le client.
FAQ
Pourquoi mon ROAS Meta ne correspond pas au revenu Shopify ? Parce que Meta compte des ventes que Shopify ne voit pas comme siennes : conversions sur simple vue, fenêtre de 7 jours, ventes déjà attribuées à Google. Meta mesure l'exposition à la pub, Shopify mesure l'argent encaissé. Un écart de 20 à 50 % est courant. Un écart bien plus grand signale un problème de tracking.
Quel écart entre les plateformes et la banque est normal ? Un rapport de sur-comptage autour de 1,15 est sain : les canaux se chevauchent un peu, c'est mécanique. À partir de 1,5, vos plateformes revendiquent la même vente en triple. Ce n'est pas une fraude, c'est leur design. Votre travail est de dégonfler ce rapport, pas de le cacher au client.
Faut-il montrer au client le ROAS plateforme ou le ROAS réel ? Les deux, côte à côte, avec l'écart expliqué. Montrer seulement le chiffre plateforme, c'est vendre un mirage qui vous explosera à la figure. Montrer seulement le réel sans contexte, c'est avouer une contre-performance. Le pouvoir est dans la comparaison : voilà ce qu'on revendique, voilà la vérité, voilà notre apport prouvé.
C'est quoi un test d'incrémentalité, simplement ? C'est éteindre la lumière pour vérifier qu'elle éclairait. Vous coupez la pub dans certaines zones ou pour certaines audiences, vous la laissez ailleurs, et vous comparez les ventes réelles. La baisse dans les zones coupées, c'est votre vrai apport. Le reste serait arrivé sans vous. C'est la seule preuve de cause à effet.
Comment annoncer un chiffre plus bas sans perdre le client ? Posez le cadre avant le premier rapport : expliquez pourquoi votre chiffre sera plus bas que celui des plateformes, et pourquoi c'est une bonne nouvelle. Un client prévenu ne panique pas. Il comprend qu'il paie enfin pour la vérité, pas pour un score gonflé qu'il n'ose montrer à personne.
Blended ROAS, MER ou ROAS plateforme : lequel reporter ? Le ROAS plateforme sert à optimiser en interne, jamais à prouver. Pour le client, pilotez sur le revenu réel divisé par la dépense totale, et gardez l'incrémental comme preuve de valeur. Un seul chiffre défendable au sommet du rapport, le détail en dessous pour ceux qui veulent creuser.
Références
Blake, T., Nosko, C., & Tadelis, S. (2015). Consumer Heterogeneity and Paid Search Effectiveness: A Large-Scale Field Experiment. Econometrica, 83(1), 155-174. https://faculty.haas.berkeley.edu/stadelis/Tadelis.pdf
Gordon, B. R., Zettelmeyer, F., Bhargava, N., & Chapsky, D. (2019). A Comparison of Approaches to Advertising Measurement: Evidence from Big Field Experiments at Facebook. Marketing Science, 38(2), 193-225. https://www.kellogg.northwestern.edu/faculty/gordon_b/files/fb_comparison.pdf
Nielsen. (2023). 2023 Annual Marketing Report. https://www.nielsen.com/insights/2023/need-for-consistent-measurement-2023-nielsen-annual-marketing-report/
CNBC. (2022, 2 février). Facebook says Apple iOS privacy change will cost $10 billion this year. https://www.cnbc.com/2022/02/02/facebook-says-apple-ios-privacy-change-will-cost-10-billion-this-year
R3 Worldwide. (2024). The top 40 client-agency relationships last an average of 22 years. https://rthree.com/insights/
Baptiste Noel, cofondateur de Metrikia. MSc en neurosciences cliniques et MSc en haute performance.